Merci à toutes celles et ceux qui se sont mobilisés pour notre liste d’union de la gauche. Absents du second tour, nous poursuivons de plus belle le combat,

avec vous.

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Le vote utile, le 20 juin, ce sera le vote à gauche, pour faire barrage à la droite et à l’extrême droite.

Vous l’exprimez solennellement : Le Rassemblement national a donc dépassé les bornes de la démagogie haineuse. Qu’est-ce qui vous fait réagir aujourd’hui ? Ces débordements ? Les risques d’abstention ?

Céline Ivaldi : L’abstention est hélas un vrai risque. Nos concitoyens sont nombreux, de bonne foi, à douter de l’utilité d’aller voter. Pour de multiples raisons : Le comportement politicien de nombreux candidats et élus, les promesses démagogiques jamais tenues (hélas parfois par des forces se réclamant de la gauche), mais aussi les peurs bien compréhensibles devant l’avenir à cause du retrait de services publics (y compris les services de sécurité, la police), à cause du chômage, des difficultés à boucler la fin du mois, à se loger, etc.

Stéphane Sacco : La crise de la COVID et ses terribles conséquences sont venues à la fois révéler et aggraver tout ça. Cette situation qui mobilise les esprits, n’incite pas à participer sereinement à la vie démocratique. Bien sûr ce devrait être le contraire. Les politiques néo-libérales devraient motiver à se battre, par tous les moyens y compris le bulletin de vote, pour en finir avec ce vieux monde ! Mais on parle d’un risque de taux d’abstention de 70%, contre 50 % en 2015 !

Qu’est-ce qui vous fait réagir le plus vivement dans les écrits du RN ?

Stéphane Sacco : Au dos de la « profession de foi » (la feuille envoyée officiellement dans nos boites à lettres), pour tous ses candidats aux départementales en France, le RN, a publié ce qui est un véritable appel à la haine raciste, à la haine contre les « mineurs isolés » venant de pays en conflit ou sous occupation, en guerre civile ou en dictature. Ces jeunes seraient trop nombreux (FAUX), coûteraient cher aux départements (FAUX), nous mettraient en danger (FAUX). Un appel d’avocats de tous horizons vient d’ailleurs d’être lancé, demandant à la justice de se saisir de ce qui constitue un appel parfaitement illégal à la haine et à la violence.

Concernant le Rassemblement national, vous appelez au réveil des forces de gauche…

Stéphane Sacco : Bien sûr ! Je ne peux pas penser qu’à La Seyne, avec nos traditions ouvrières, communistes, socialistes, républicaines et progressistes on décide de rester chez soi ou d’aller promener alors que des idées à résonance fasciste – appelons un chat un chat ! -, sont clairement exprimées sans être sanctionnées, et par le suffrage universel, et par la justice de la République.

Céline Ivaldi : En votant à gauche c’est aussi le règne de la politique politicienne que l’on refuse. Le texte que nous dénonçons est national, et localement, cela prouve une chose : les candidats, ici, se disent sincères alors que ce sont des manipulateurs comme les autres !

Le RN ne semble pas être le seul concerné…

Céline Ivaldi : Effectivement, il n’y a pas que le RN qui soit impliqué dans cette pitoyable mascarade. La course politicienne de Damien Gutierrez continue également ! Les citoyens doivent le démasquer : en 2015, il est élu sous l’étiquette Front National alors qu’il vient du parti de Bayrou. On connaît la suite, il se présente aux municipales de 2020 avec… Nathalie Bicais ! Il devient son adjoint, puis il joue la grande scène de la rupture pour se vêtir du costume de l’opposant. Eh oui, il faut bien ça pour retourner sans aucune honte, cette fois sans étiquette, devant les électeurs qui ont vu en lui en 2015 un « champion » du Front national !

Stéphane Sacco : Mais aux côtés de Damien Gutierrez, il y a ceux qui font semblant de s’opposer au RN. Ils ne s’opposent à rien du tout, au contraire, ils favorisent le RN ! Comment ? En employant les mêmes arguments, le même langage, en maniant eux aussi la peur, la défiance (comme cet élu de droite à La Seyne qui accuse nommément une association socio-culturelle, utile et qui fait bien son travail d’« islamogauchisme »!). Ils encouragent un mouvement d’extrême droite à oser désormais « parler facho » haut et clair. Ce sont bien les droites, traditionnelle ou macronnienne (unies aux régionales… et peut-être plus si affinité?) qui ont ouvert les vannes de la xénophobie et du racisme « fréquentables », des peurs sécuritaires. Sans pour autant régler le problème bien sûr, car ils continuent de casser les services publics de prévention (social, associatif…) et de sécurité (police, justice…). Oui, si le 20 juin leurs électeurs préfèrent « l’original à la copie », ils seront tous responsables.

Le RN se présente comme un recours pour la population…

Céline Ivaldi : Bien sûr, mais le Front national (…je ne dis même pas « Rassemblement » car bientôt il va nous reparler de « Dufour Crématoires » et repasser au « style » Jean-Marie Le Pen) se démasque. Ce n’est pas un parti de défense des plus fragiles socialement puisqu’il exonère Macron et les grands financiers de leurs responsabilités.

Comment ça ?

Stéphane Sacco : Le RN ne dénonce jamais les vrais causes et les vrais responsables des difficultés à vivre, les responsables des inégalités qui s’accentuent entre riches et pauvres. Pour le RN, ce serait des « mineurs isolés » (ou autres « coupables » bien commodes) qui mettraient à mal nos régimes sociaux. Mais tout le monde voit bien que cela exonère Macron et avant lui tous les vrais responsables : ceux qui attaquent les droits sociaux des Français par les atteintes contre les droits aux indemnités de chômage, le droit à un toit et la Sécurité sociale, à une retraite décente, etc. Le Rassemblement national est d’extrême droite et je sais que nos aînés seynois venus d’Italie au début du XXeme siècle, notamment aux chantiers navals, à La Seyne, sauront leur montrer que, comme ils disaient à l’époque : « Le fascisme ne passera pas ! ».

Nous appelons solennellement l’électorat à laisser de côté les petits calculs, les égos, les arrivismes, et à se mobiliser à gauche les 20 et 27 juin.
La meilleure riposte à adresser aux néo-fascistes et aux démagogues de tous bords qui les laissent faire, c’est :
– d’aller voter
– d’aller voter à gauche dès le 20 juin,
– de se servir du bulletin Ivaldi-Sacco pour stopper la haine, le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme.
« Plus d’une centaine d’avocats saisissent la justice contre un tract du Rassemblement national »

Des procureurs ont été saisis vendredi 4 juin pour « incitation à la discrimination et à la haine », après un prospectus du RN sur les mineurs isolé. Au moins cent dix avocats ont saisi vendredi 4 juin les procureurs de Nanterre, Versailles et Créteil – et s’apprêtent à le faire à Paris et à Bobigny – pour « incitation à la discrimination et à la haine », après un tract du Rassemblement national sur les mineurs isolés. Sous le titre, « Le saviez-vous ? », le parti d’extrême droite assure qu’« un mineur isolé étranger coûte 40 000 € par an au département. 60 % sont en réalité majeurs. (Rapport sénatorial 2017) Ils sont responsables de l’explosion de l’insécurité. (Exemple : 2 délits/crimes par jour à Bordeaux en 2020). Seuls nos élus mettront un terme à ce scandale ! » et plus loin : « Plutôt que de financer les mineurs isolés étrangers ou d’aider au logement des clandestins, élus, nous investirons davantage dans l’éducation de nos enfants, le bien-être de nos aînés et l’insertion des personnes en situation de handicap ».

Les avocats, souvent spécialistes de ces mineurs isolés, ont bondi en lisant le tract. « On ne peut pas admettre que le débat politique se limite de façon démagogique à un discours de haine, proteste Me Emmanuel Daoud. Avec des chiffres qui sont un grand n’importe quoi, et au préjudice d’une population aussi vulnérable que le sont ces enfants. »

Les avocats contestent que les mineurs étrangers pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) soient dans leur majorité des délinquants ou « majeurs à 60% », les dizaines d’enfants errants dans les rues, particulièrement abîmés et polytoxicomanes, ne sont justement guère pris en charge par la protection de l’enfance. Les mineurs isolés représentent moins de 10 % des enfants pris en charge par l’ASE, pour un prix de journée qui va jusqu’à 23 euros, soit 8 395 euros par an – loin des 40 000 euros annoncés.

Le signalement, rédigé par Mes Catherine Delanoë-Daoud et Emmanuel Daoud, est solidement argumenté en droit. La Cour de cassation a en effet estimé, le 17 mars 2015, que ce délit était caractérisé lorsque « les textes incriminés tendent à susciter un sentiment de rejet ou d’hostilité, la haine ou la violence, envers un groupe de personnes ou une personne à raison d’une religion déterminée », la Cour européenne des droits de l’homme a confirmé en 2008 que la loi de 1881 permettait de sanctionner les propos visant à donner « une image négative des communautés visées » dès lors qu’ils « avaient pour objet de provoquer chez les lecteurs un sentiment de rejet et d’antagonisme ». La jurisprudence exige, en revanche, que le groupe visé le soit en tant que tel et dans son ensemble, et non lorsque les propos ne visent que certaines personnes du groupe. C’est bien le cas ici.

« Susciter la haine »
Il y a des précédents, notamment sur la question des mineurs étrangers. Le parquet de Paris a ordonné une enquête le 1er octobre 2020 pour « provocation à la haine raciale » et « injures publiques à caractère raciste » dirigée contre Eric Zemmour, qui avait déclaré sur CNews, à propos des mineurs isolés : « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent » – le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a d’ailleurs condamné la chaîne le 18 mars à une amende de 200 000 euros, au motif que ces propos violent la loi du 30 septembre 1986 qui interdit les « incitations à la haine ou à la violence ».

Quant au tract du RN, « de tels propos sont manifestement de nature à susciter chez le lecteur la haine ou, à tout le moins, le rejet et la discrimination des personnes visées, dont la présentation suggère très fortement qu’elles sont indésirables », notent les avocats. Le prospectus « vise expressément un groupe de personnes déterminé » et a pour effet de susciter « la haine ou, à tout le moins la discrimination des individus appartenant à ce groupe ». Les avocats signataires souhaitent que les parquets ordonnent des poursuites. »

Liste des avocats signataires : ABOUKHATER Aude, barreau de Paris ; AIRAULT VAQUEZ Martine, Hauts-de-Seine ; ALLER Nathalie, Paris ; ARAKELIAN Fabien, Hauts-de-Seine ; ASSI Maya, Hauts-de-Seine ; BABELANA Nadine, Seine-Saint-Denis ; BACHELET Justine, Yvelines ; BARTHES Florence, Yvelines ; BEAUVAIS Laura, Paris ; BITTON Josine, Seine-Saint-Denis ; BLANC Elsa, Hauts-de-Seine ; BORDESSOULE Pierre, Yvelines ; BOULLERY Claire, Hauts-de-Seine ; BOULY Hélène, Yvelines ; BUZON Chantal, Hauts-de-Seine ; CESSIEUX Maxime, Hauts-de-Seine ; CHANDLER Emilie, Paris ; CLANET DIT LAMANIT Isabelle, Hauts-de-Seine ; COUTANT Carole, Hauts-de-Seine ; DANVEL Claudine, Paris ; DAOUD Emmanuel, Paris ; DAOUD DELANOE Catherine, Paris ; DAUDIN Christelle, Paris ; de BLIC Blandine, Yvelines ; de GEVIGNEY Monique, Yvelines ; de SAN LORENZO Alexandra, Paris ; DELBECQUE Eric, Paris ; DELORME Julie, Hauts-de-Seine ; DERUEL Christelle, Paris ; DESGREES DU LOU Elisabeth, Yvelines ; DEWAVRIN Constance, Paris ; DJIDERT Marie-Leila, Paris ; DOUBLET Emmanuel, Hauts-de-Seine ; DREAU Nathalie, Paris ; DUVERNEY-PRET Mélanie, Paris ; FAUCONNIER Hélène, Yvelines ; FAVERO Eléonore, Hauts-de-Seine ; GABRIEL Delphine, Paris ; GASCON Christine, Hauts-de-Seine ; GORKIEWIEZ Hélène, Paris ; GOTTSCHECK Laurence, Paris ; GRAVELIN-RODRIGUEZ Antonin, Paris ;GUERRIER Erline, Yvelines ; HONORIN Sophie, Paris ; HOUDAILLE Marie-Laure, Yvelines ; JARRET Laurence, Hauts-de-Seine ; JEANNOT Jennifer, Yvelines ; KERFANT Corinna, Yvelines ; KHOUILI Madiha, Hauts-de-Seine ; LAFOND Christelle, Paris ; LANDAIS Vanessa, Yvelines ; LASSAILLY Delphine, Paris ; LASSALLE Anne, Seine-Saint-Denis ; LAUGERY Pierre-Ann, Hauts-de-Seine ; LAUV Anna, Yvelines ; LECOQ Alexandra, Yvelines ; LEFORT Anaïs, Seine-Saint-Denis ; LELLOUCHE Esther, Hauts-de-Seine ; LENDRES Frédérique, Paris ; LIGER Didier, Yvelines ; MAIRE Julie, Paris ; MANSARD Alix, Paris ; MENEGON Sophie, Paris ; MESA Sylvia, Paris ; MOUCI Stéphanie, Yvelines ; MOURET Pauline, Hauts-de-Seine ; OLEOTTO-GUEY Josiane, Yvelines ; ORY-SAAL Ariane, Hauts-de-Seine ; OSTROWKA Johanna, Yvelines ; OUGHCHA Karema, Yvelines ; PACOURET Raphaël, Yvelines ; PADOVANI Vanina, Paris ; PARTOUCHE-KOHANA Stéphanie, Paris ; PERON Martine Yvelines ; PERRET Valérie, Paris ; PICARD Frédéric, Yvelines ; PICARD-MASSON Véronique, Hauts-de-Seine ; PLACAIS Anne-Carole, Paris ; PORGE DORANGE Catherine, Paris ; POUSSIN Pascale, Paris ; QUITTOT-GENDREAU Chantal, Yvelines ; RAINAUT Pauline, Hauts-de-Seine ; RAMALHO Helena, Yvelines ; RANNOU Nolwenn, Hauts-de-Seine ; REY Pauline, Yvelines ; ROBERT Aline, Hauts-de-Seine ; ROTH Isabelle, Paris ; ROUANET Pierre, Paris ; SAFAR-GAUTHIER Marlène, Paris ; SALVIGNOL Magali, Yvelines ; SANTINI Frédéric, Hauts-de-Seine ; SATTORA Virginie, Paris ; SCHLUMBERGER Delphine, Paris ; SORIA Aurélie, Paris ; SOUET Viviane, Paris ; STEFANI Marc, Val d’Oise ; SULLI Carole, Paris ; TAELMAN Pascale, Val-de-Marne ; TARTOUR Laurence, Paris ; TEIXEIRA Aurélie, Hauts-de-Seine ; TURON Cécile, Hauts-de-Seine ; URICH POSTIC Melina, Yvelines ; VERGONJEANNE Jean-Marc, Hauts-de-Seine ; VIGANOTTI Elisa, Yvelines ; VLAD Cerasela, Paris ; VOSS Béatrice, Hauts-de-Seine ; WATIAUX-DESJARDINS Patricia, Hauts-de-Seine ; WECK DE TERRIS Blandine, Hauts-de-Seine ; YANNI Céline, Hauts-de-Seine ; ZEMMOURA-SIMON Fatiha, Hauts-de-Seine.

(Article de Franck Johannès, Le Monde)